Mathilde-Marie de Malfilâtre, passionnée par la Beat Generation est également bonne lectrice de Sade et pourrait se confondre avec la réincarnation punk-rock de sa Juliette. Plus prospérités du vice que malheurs de la vertu, en somme. A moins que Justine ne soit le visage de sa première vie « à protéger et servir ses concitoyens » : après un Master en politique internationale et avoir loupé de peu Saint-Cyr car elle nageait « comme une enclume », elle devient en effet officier de gendarmerie à la section antiterroriste, spécialité eco-warriors.

La de Malfilâtre, grande liane trentenaire à chevelure de jais et lèvres sanguines, manie en effet le paradoxe avec une sereine assurance toute aristocratique et la répartie coup de fouet déjantée qui réveille.

« Babylone express », son premier roman écrit en 2012 dans le 7ème arrondissement de Paris (Caserne Babylone) nait d’une permission au Maroc où elle, qui se confond avec son héroïne Luna, tombe simultanément dans les bras d’un dealer activiste-vegan et des psychotropes. Ce « mega amplificateur de conscience » comme elle qualifie le LSD, l’entraine dans une furieuse prose automatique et à remettre en question le chemin familial recta tracé par un grand-père conducteur de chars dans la deuxième DB et décoré de la légion d’honneur. Sa généalogie penchera désormais radicalement du côté de son autre noble aïeul, le poète Jacques Clinchamps de Malfilâtre, prix Palinod 1754 et que Chateaubriand évoque dans ses « Mémoires d’outre-tombe ». De ce maudit « très perché dans les astres », elle dit tenir, pêle-mêle, son intérêt pour la physique quantique, l’astronomie et l’astrologie ; mais aussi son rêve de devenir écrivain dès l’enfance, déjà en bisbille avec celui « à la con » de travailler dans les services secrets.

« Babylone express » raconte, plus que l’équipée sauvage d’un couple en plein montage d’un trafic de stup’ pour subvenir à la formation en naturopathie de monsieur, surtout l’histoire d’une miraculée sauvée par l’écriture. Les de Malfilâtre, qui ont « tout perdu sauf la tête à la Révolution » nous donnent, dans leur lignée romantique, une digne héritière, que son « âme d’artiste avec un côté militaire » fait bien marrer. Elle vient de terminer son second roman et nous en réserve un troisième, écrit à quatre mains avec un écrivain célèbre tenu pour l’heure secret.

Bibliographie
MALFILÂTRE, Mathilde-Marie de. Babylone Express. Le Dilettante, 2018.
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