Marie Celensi est une mordue d’équitation et de mathématiques.
Le lien entre les deux disciplines ne saute pas instantanément aux yeux, à part pour ceux qui, dans leurs pénibles années collège, auraient volontiers enfourché n’importe quel canasson pour fuir les plaines arides des « mathématiques modernes ».

Il suffit pourtant de parler un moment avec cette prof qui dispense depuis trente ans des cours particuliers du CP à la terminale, pour comprendre que le goût de la pédagogie est le socle commun à ses deux amours.

« Aborder autrement les mathématiques » est le mantra qu’elle décline dans ses deux ouvrages fraîchement parus. Avec cette nuance de taille entre le dressage et l’Art équestre, que ce dernier implique plus d’écoute que de formatage.

Elle entend revenir à une approche empirique de la matière, qui fait la part belle à l’échange entre instinct et intellect : observer, manipuler, visualiser ; et surtout donner du sens, éjecter le langage codé qui a remplacé dans les problèmes, les trains, les tartes et les baignoires, par des lettres désincarnées. Elle n’hésite pas à recourir à des méthodes destinées aux bacheliers en filières scientifiques auprès d’élèves d’onze ans pour remettre les pendules à l’heure. Car comment lire celle-ci ou rendre la monnaie, sans avoir compris les nombres à virgule ? Idem pour la météo dont les nombres négatifs ne sonnent pour la plupart que comme d’obscures « paroles gelées » ?

Elle a écrit à Cédric Villani, qui ne lui a pas encore répondu, pour déplorer cette approche minérale encore largement imposée par l’Education Nationale ; pour relever aussi l’aberration de stigmatiser « d’échec scolaire » des enfants en CM1.

Ce sont ces élèves mis en difficulté par le credo traditionnel qui l’ont encouragée à chercher une nouvelle façon d’enseigner, en forant avec eux dans la connaissance mathématique jusqu’à remonter au point de blocage. Méthode détective qu’elle les invite d’ailleurs à emprunter eux-mêmes pour, par exemple, résoudre les factorisations, en commençant par bien observer la scène, soit ne pas faire l’économie de la lecture de l’énoncé ni d’une rédaction claire.

Elle raconte comment, chez certains, les mauvais résultats accumulés génèrent une mauvaise image de soi, plient le corps, que la compréhension d’un théorème peut, parfois des années plus tard, redresser de fierté. Si pour Marie Celensi, les mathématiques sont d’évidence une voix d’épanouissement, elles sont plus profondément une éthique, une façon d’être : une attention à ce qui se présente, une humilité respectueuse (des règles de calcul ou de géométrie), une patience nécessaire à l’élaboration du geste juste.

Bibliographie
CELENSI, Marie. Les maths apprivoisées 2. Editions Virtutem (autoédition), 2019.
CELENSI, Marie. Les maths apprivoisées. Editions Virtutem (autoédition), 2018.
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